Messins sans frontières

En deux saisons au FC Metz, le Luxembourgeois Johnny Leonard a inscrit 29 buts. Photo Archives RL
Metz, terre d’asile pour les footballeurs luxembourgeois. Plus de soixante ans que les dirigeants messins perpétuent cette tradition. Souvent avec bonheur. Revue d’effectif.
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1945-1960
Le 26 août 1945, le FC Metz reprend sa place parmi l’élite après une interruption de six ans. En dépit de faibles moyens, les dirigeants messins tentent un recrutement digne de ce nom, en engageant notamment deux internationaux luxembourgeois. Le premier, Claude Mastrangelo, d’origine italo-américaine, reste fidèle au club lorrain jusqu’en 1950. Mais dès son arrivée, le milieu de terrain émet des réserves sur la qualité de jeu de sa nouvelle équipe. « Tout le monde se bouscule et botte n’importe comment, déclare Mastrangelo, le 5 janvier 1946 dans les colonnes du Républicain Lorrain. Metz ne pratique pas encore le beau jeu académique et les avants sont trop personnels, c’est pourquoi ils ne marquent pas de but. »
La solution à cette carence offensive se nomme Gustave Kemp. C’est la seconde recrue luxembourgoise : une véritable force de la nature, dotée d’une frappe de balle d’une rare violence. Favori du public messin, le "taureau" termine l’exercice 1946-1947 sur la deuxième marche du podium des buteurs avec trente réalisations. Malheureusement, il meurt tragiquement le 13 avril 1948 dans un accident d’automobile, sur la route menant d’Hayange à Metz.
La filière grand-ducale se dessine donc lors des trois premières saisons d’après-guerre avec la présence de Mastrangelo, Kemp et du milieu de terrain Othon Hemmen, qui avait rejoint les bords de la Moselle dès 1940 en compagnie d’un certain Kruger, vite disparu de la circulation. Ce réseau est réactivé en 1950 avec la venue de Camille Libar. International, ce dernier vient d’être sacré champion de France avec Bordeaux lorsque le FC Metz le sollicite. Il accepte la proposition du président Raymond Herlory malgré quelques différends financiers : venir exercer son métier de footballeur en Lorraine lui permet, en effet, de se rapprocher de son pays natal. Il s’y rend d’ailleurs une fois par semaine pour y entraîner l’équipe nationale.
1960-1980
En 1967, c’est Fernand Jeitz qui prend la route qui mène de l’Aris Bonnevoie au FC Metz. Libero athlétique de l’équipe nationale luxembourgoise, il reste dix ans au sein de la défense messine, avant de mettre fin prématurément à sa carrière professionnelle à la suite d’une grave blessure au tendon d’Achille (1977). Naturalisé français en 1971, il dirigera par la suite une société de transport au Luxembourg appartenant à… Carlo Molinari.
"Nico la Foudre"
Toujours en 1967, les dirigeants lorrains passent la frontière afin de trouver un terrain d’entente avec les représentants de l’Union Sportive du Luxembourg, club de Johnny Leonard. Ce dernier, électricien de formation, amateur comme l’ensemble de ses compatriotes, signe, dans un premier temps, un contrat d’un an à Metz sans même qu’il soit question d’argent. A l’issue de sa première saison, l’attaquant décide de faire du football son métier.
L’apport offensif luxembourgeois se poursuit avec la venue, en 1973, de Marcel Di Domenico, également international, mais qui ne parvient pas à s’imposer. En effet, cette même année, un phénomène nommé Nico Braun est enrôlé par le président Molinari qui l’a déniché à Schalke 04, en Allemagne. Pour sa première saison, il inscrit vingt-huit buts, s’imposant comme le meilleur réalisateur messin et le troisième du championnat de France. Marseille se met de suite sur les rangs et le FC Metz est à deux doigts de laisser filer celui que les supporters de Saint-Symphorien ont surnommé "Nico la Foudre". « Malheureusement, le président Molinari ne l’entendait pas de cette oreille, avouera Braun quelques années plus tard. J’aurais peut-être pu faire une carrière dans un grand club… » Il reste finalement en Moselle jusqu’en 1978, totalisant 96 buts, formant, avec l’Argentin Hugo Curioni, le fameux tandem des "Artilleurs de Metz".
L’exploitation de la filière luxembourgeoise, au cours de cette période, s’achève avec l’enrôlement de Patrick Moretto et Carlo Weis. Tous deux passent par le centre de formation messin sans parvenir à s’imposer au sein d’un football professionnel de plus en plus exigeant.
1980-2010
Si les dirigeants messins continuent à garder un œil de l’autre côté de la frontière, le filon est en nette perte de vitesse depuis le début des années 1980. Ainsi, Guy Hellers (1980-1983) se distinguera surtout sous les couleurs du Standard de Liège avant de tenir les rênes de la sélection luxembourgeoise de 2004 à août 2010, date de sa démission. Guère plus concluante fut l’expérience lorraine – pourtant prometteuse – de Robby Langers. Repéré alors qu’il porte les couleurs de Mönchengladbach, cet attaquant s’engage en 1982 avec Metz qui le prête immédiatement à l’OM. De retour à Saint-Symphorien, il ne dispute que sept matches avant d’être à nouveau prêté à Quimper puis à Guingamp.
Aujourd’hui encore, le FC Metz accueille de jeunes espoirs luxembourgeois qui rêvent de marcher sur les traces de Jeff Strasser et de Miralem Pjanic, deux purs produits de la formation messine. Si le premier, Grenat de 1993 à 1999 puis de 2007 à 2009, est retourné au pays (au Fola Esch), le second est devenu un joueur cadre de l’Olympique Lyonnais et de la sélection… de Bosnie-Herzégovine.
Enfin, c’est sur les épaules de Mario Mutsch, élément quasi-incoutournable du dispositif défensif d’Yvon Pouliquen puis de Dominique Bijotat, que repose, depuis 2009, l’héritage de cette longue tradition.
Jean-Sébastien GALLOIS.
Publié le 07/10/2010
Leoni : « Une saveur particulière »

Stéphane Leoni : « Le championnat du Luxembourg est l’équivalent du haut du tableau de CFA. » Photo LE QUOTIDIEN
L’ancien défenseur du FC Metz a posé ses valises au Luxembourg. A Differdange, Stéphane Leoni évolue aux côtés de cinq internationaux appelés à rencontrer l’équipe de France, mardi prochain à Saint-Symphorien.
Après une dernière saison dans l’Hexagone, à Cannes (National), Stéphane Leoni, comme beaucoup d’autres Français, a traversé la frontière, « en attendant de retrouver éventuellement un club en France ». L’ancien joueur du FC Metz, aujourd’hui à Differdange (actuellement 4 e de Division Nationale), ne regrette cependant pas son choix et affirme qu’il a été « agréablement surpris par le niveau du championnat luxembourgeois ».
• Cinq de vos coéquipiers luxembourgeois (Kintziger, Bettner, Kettenmeyer, Jänisch et Joachim) ont été retenus pour affronter la Biélorussie et surtout la France, mardi à Metz, dans le cadre des éliminatoires du championnat d’Europe 2012. L’engouement est-il particulier chez ces joueurs ? « Pas particulièrement… Ils ont l’habitude de disputer des matches internationaux face à de grandes sélections. Ils ne sont pas plus stressés que ça, même si tous reconnaissent que cette rencontre face à la France, à Metz, a une saveur particulière… »
• N’est-ce pas également une bonne opportunité pour ces jeunes joueurs de se faire remarquer ? « C’est effectivement une vitrine exceptionnelle. Puisque l’adversaire se nomme équipe de France, nul doute que de nombreux dirigeants de clubs de National, Ligue 2 et Ligue 1 suivront la rencontre. Certains seront même au stade. D’aucuns pourraient dire qu’il ne s’agit que du Luxembourg, mais n’oublions pas que le pays sort régulièrement de bons joueurs. Je pense notamment à Jeff Strasser ou plus récemment Mario Mutsch. »
« Amalgame intéressant »
• Parmi les cinq joueurs de Differdange convoqués par le sélectionneur Luc Holtz, y en a-t-il un qui sort du lot ? « A mes yeux, le jeune Aurélien Joachim ( 24 ans) est promis à un bel avenir. C’est un attaquant qui possède de grosses qualités. Kim Kintziger est également un défenseur à suivre. »
• Un mot sur le niveau du championnat du Luxembourg. « Sans vouloir faire offense à qui que ce soit, j’estime que cinq ou six équipes sont au-dessus du lot, avec Dudelange comme chef de file. Cette équipe dispose de moyens très supérieurs à ceux de ses adversaires et survole le championnat. Si je devais établir une échelle de valeur, je dirais que le championnat luxembourgeois est l’équivalent du haut du tableau de CFA, voire du milieu du National français. Je croise beaucoup de jeunes bourrés de qualité issus des centres de formation français, Metz et Nancy notamment, ou allemands. D’ailleurs, Aurélien Joachim a été formé à Bochum. Parallèlement, d’anciens pros français apportent leur expérience, ce qui assure un amalgame très intéressant. »
• Pour finir, un pronostic pour France - Luxembourg ? « Trois ou quatre zéro pour la France… histoire de chambrer un peu plus mes partenaires ( rires). Sérieusement, je serai évidemment supporter de l’équipe de France, mais je suivrai avec attention les prestations de mes collègues. »
J.-S. G.
Publié le 07/10/2010