Et encore:
La Face cachée de Ribéry, livre choc sur un type pas toujours chic...
Par Bruno Roger-Petit le 31 octobre 2011
Le début de la résurrection tant attendue de Gourcuff, auteur d'un but avec Lyon contre Saint-Etienne,
est l'une des bonnes nouvelles du week end. Tant mieux. C'est aussi l'occasion de rappeler que tous les
déboires de la saison 2010/11 de l'un de nos plus grands espoirs français prenaient leur source dans la
tragique épopée des Bleus lors de la Coupe du monde 2010, pathétique aventure qui se termina par
l'affaire du bus de la honte. Peu à peu du reste, la vérité apparait au grand jour, puisque les langues
se déliant au fil du temps, on sait aujourd'hui que Yohann Gourcuff fut la victime d'un harcèlement
moral dont l'initiateur, l'instigateur et le propagateur fut Franck Ribéry.
Il faut lire la biographie que l'excellent Gilles Verdez, et le non moins excellent Matthieu Suc, viennent
de consacrer à Franck Ribéry (La Face cachée de Franck Ribéry, Editions du Moment). Les deux auteurs
y reviennent longuement sur le (mauvais) sort qui fut celui de Gourcuff dans la sélection de Domenech,
fruit de jalousies aussi infantiles que stupides. Ribéry envieux de la "starisation" progressive de Gourcuff,
mena une guerre psychologique sans pitié contre le jeune homme bien sous tous rapports. Le livre décrit
à la perfection la manière dont Ribéry entraina dans son sillage des esprits faibles (Gallas, Anelka, Evra...)
et comment les uns et les autres faillirent en venir aux mains. On y apprend beaucoup de choses, notamment
que les uns et les autres tapaient systématiquement sur la tête de Gourcuff lorsqu'ils montaient dans le bus
des Bleus et que ce dernier s'étant rebiffé, une bagarre avait failli éclater, des joueurs prenant la défense
de celui qui était encore girondin, ou bien encore que la fameuse empoignade dans l'avion après le désastre
face au Mexique (0-2) n'est pas un événement tout droit sorti de l'imagination féconde des journalistes.
ribery.jpgCe livre revient aussi en détail sur l'affaire Zahia. Les deux auteurs y tracent en creux, à travers
les procès verbaux du dossier (bravo pour l'investigation !) le portrait d'un jeune homme sans repères ni
références morales, victime d'un entourage peuplé de mauvais génies en tous genres. Le tableau de la
relation de Ribéry avec les jeunes femmes en quête de footballeurs qui est alors dépeint, et qui vaut pour
d'autres footballeurs (Benzema, Govou...) n'est pas des plus flatteurs. On y découvre des jeunes gens
cyniques, blasés, pas dupes de la facilité avec laquelle leur position sociale et médiatique leur confère
un pouvoir de séduction et d'attraction hors du commun des mortels. Il faut lire les passages où l'on assiste,
pantois, aux scènes décrivant des footballeurs ayant recours à des "escorts" et auxquelles ils finissent par
accorder un petit billet de deux cents euros en guise de récompense, parce qu'elles l'ont réclamé, parfois de
façon virulente, étonnées d'avoir affaire à des milliardaires radins, alors même qu'ils gagnent des millions
d'Euros par an. C'est assez confondant. Au point que l'on finit par se dire : "Mais comment en sont-ils arrivés
là ? Pourquoi ne les a-t-on pas encadrés avant ? Est-ce ainsi que vivent les vedettes du football d'aujourd'hui ?"
Enfin, le livre décrit un Ribéry ballotté entre les uns et les autres, agents, belle-famille, amis et copains,
parasites de boîtes de nuit, etc, menant sa carrière en toute impulsivité, à grands coups de barre à droite
et à gauche, sans que cela soit toujours le fruit d'une réflexion mûrie. Le départ de Metz, la fuite de Fernebahce
et la désertion de Marseille sont racontés sans fard. Et si Ribéry n'était pas tombé, lors de son atterrissage
au Bayern de Munich, sur les Pères fondateurs du football allemand moderne, Hoeness, Rummenigge et
Beckenbauer, nul doute que son aventure bavaroise se serait déjà piteusement achevée par un nouveau
départ en catastrophe.
Néanmoins (parole à la défense), le livre n'est pas qu'à charge. Au détour d'une page, parfois, on peut entrevoir
un Ribéry sympathique, un enfant à qui la vie n'a pas fait de cadeau au départ, victime d'un terrible accident
de voiture. On y croise un Ribéry qui s'est aussi battu pour émerger, un jeune footballeur à qui l'on n'a jamais
fait de cadeaux et qui s'est imposé à force de courage, de volonté et de détermination. C'est à la lecture de
ces passages, que loin d'accabler Ribéry pour ses frasques diverses, de l'affaire Zahia à son attitude envers
Gourcuff, on est un instant tenté de se dire que ce type là ne peut être aussi mauvais qu'il en donne l'air
depuis deux ans, qu'il suffirait d'un autre entourage, d'un peu de prise de conscience, d'un peu de travail
sur soi pour que les choses changent, parce que l'on ne veut jamais désespérer de la nature humaine.
Il y a du bon en Ribéry. Qui saura le lui rappeler avant qu'il ne soit trop tard ?
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