En déplacement sur les terres d'un leader invaincu à domicile, le Racing, fortement handicapé, n'a pas les faveurs du pronostic. Il peut trouver dans son comportement récent quelques raisons d'y croire.
Jean-Alain Fanchone et la défense strasbourgeoise auront fort à faire, ce soir, au Stade d'Ornano. (Photo DNA - Laurent Réa)
Caen est-ce qu'on gagne ? Au-delà de la facilité rhétorique, la réponse pour le Racing, a priori, est sans indulgence : non, pas ce soir. Il y a tout lieu de redouter le voyage en Normandie depuis l'Alsace. Le Stade Malherbe est un leader sans partage, sur le podium depuis août, fait l'admiration de toute la division par son jeu huilé et des envieux dans toute la caste des entraîneurs.
En dépit d'une histoire récente aux allures de montagnes russes, le truculent Dumas est aux manettes pour la cinquième saison et il ne semble pas prêt de les lâcher, forgeant une carrière aussi paisible sur le banc caennais que sur le terrain jadis.
Caen (14 victoires) a gagné
deux fois plus que Strasbourg
L'actuel entraîneur avait contribué - depuis son poste reculé de libéro à l'ancienne - à l'émergence d'un club sur la scène nationale avec humilité et malice.
Loin des fulgurances de son homonyme d'écrivain, il incarne ce dont le Racing, viscéralement impatient, est incapable. Dumas, malgré ses douze ans de moins, fait figure, comparé à son homologue strasbourgeois, de tranquille papy, surtout contrariant par sa propension à entraîner à huis clos.
Au regard du rapport de forces, mesuré de l'extérieur, la méthode alsacienne tend à inspirer le pessimisme. Dix-neuf points séparent les deux équipes ce matin et Caen (14 victoires) a gagné deux fois plus que Strasbourg.
Et avec une infirmerie pleine comme une barge accostant dans les parages lors du débarquement, l'équipe strasbourgeoise a même de quoi nourrir quelques complexes.
Elle arrive à d'Ornano sans son meilleur passeur décisif, ni son meilleur buteur, et les quelques recours à la santé chancelante, sont demeurés en Alsace (lire ci-dessous). Sur le papier, ça ressemble au combat d'un mi-mouche face à un mi-lourd. Sur le papier seulement.
Car Lacour, Maire et les autres prennent un malin plaisir à faire mentir la logique ces derniers temps. Cette saison, ils n'ont jamais paru aussi bien dans leur football que depuis que leurs dirigeants ont perdu la tête. Ça tombe bien. La réunion tenue à Paris entre différents acteurs d'une éventuelle reprise n'a guère apporté d'éclairage (lire page suivante).
C'est comme si le brouillard constituait la source d'inspiration de cette équipe. Ce soir, il faudra néanmoins faire face à un orage de foot léché, au bilan presqu'impeccable (dix victoires, trois nuls à domicile).
Dans le dur, les Strasbourgeois se sont parfois vraiment révélés, comme à Brest (0-0, objectivement, le meilleur résultat de la saison), comme face à Caen, puisque le match aller (2-2) avait mis fin à un immense tunnel de gabegie.
« Ce sont des matches très plaisants à jouer », salive à l'avance Arnaud Maire, l'improbable révélation de ce début 2010 avant de mettre en garde : « Mais il ne faut pas que cela se transforme en calvaire ». Puisqu'il ne sera pas question d'une guerre des étoiles en raison du classement strasbourgeois, il s'agit de tenter au moins pour le visiteur de repousser la menace fantôme.
La marche impériale du
leader a connu un gros
raté en Corse
Guingamp est à cinq points, le risque d'une descente loin d'être écarté. Et comme l'idée d'une efficacité défensive est à l'oeuvre - un but encaissé par match en 2010 -, la recette est toute trouvée pour créer l'exploit en cette terre hostile.
« Il faudra bien défendre, parce qu'on sera confronté à un collectif et des individualités qui peuvent tordre le cou à n'importe qui, prévient Pascal Janin. Ce qui nous attend est compliqué. Mais on fait preuve de volonté et de courage en ce moment. Et il n'y a pas de raison de faire ce voyage avec une peur bleue. On peut aussi se faire craindre. »
Et ça peut marcher. Car le relégué, bien calé dans l'ascenseur pour remonter, a vu l'ombre d'un doute apparaître. Sa marche impériale de deux points par match a connu un gros raté en Corse.
Ajaccio a dominé le numéro un de la L 2 (2-0) et ça doit forcément donner de l'inspiration aux anonymes du championnat, dont font partie les Strasbourgeois. Caen n'a pas perdu à domicile depuis le 30 mai 2009 face aux champions de France bordelais (0-1).
On ne demandera pas à Gargorov ou Fanchone de se transformer en Gourcuff ou Tremoulinas. Mais succéder à une telle référence ne serait pas loin de ressembler à une plongée d'une vivification régénérante dans la Manche voisine.
François Namur