ambroisepare a écrit :
Et la sous-préfecture fête la sous-préfète
Sous le lustre à facettes il pleut des orangeades
Et des champagnes tièdes, et les propos glacés
Des femelles maussades de fonctionnarisés
Je suis un soir d'été
Jacques Brel
Voilà bien longtemps que je n'ai pas pondu un billet d'humeur. Les années passent, la pandémie nous vole un peu de l'existence, le monde bascule lentement dans une société de l'émotion au détriment de la réflexion, du récit au dépend des faits, où il est de bon ton de porter l'exaspération en étendard de l'insatisfaction personnelle. Le forum n'est que le reflet de cette république du juge, qui instruit sans connaître les faits, condamne au nom de la rancœur et exige une perfection inhumaine d'une équipe fragilisée depuis bien longtemps.
Dans la difficulté, et nous y sommes, il y a une tendance naturelle qui consiste à se tourner vers le passé, à comparer et à s'installer bien au chaud dans l'amertume d'un âge d'or révolu. C'est un peu contre cela que modestement je vais exprimer ma voix, pour une fois.
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était
A soixante ans bien sonnés, dont cinquante passés à user mes cordes vocales au stade, et une formation universitaire en histoire, j'ai appris une chose la nostalgie c'est un mensonge que le cœur fait à la mémoire. Le FC Metz, en 62 années de présence en ligue 1 c'est 903 défaites, 601 matches nuls et 738 victoires seulement., soit 1504 fois où on ne gagne pas... Dans la légendaire série du bon vieux temps qui se souvient de la 17e place en 1979-80, en 1981-82 ? Qui se souvient que quand Joel Muller reprend l’équipe en tant qu'entraîneur on était abonné aux 14 et 15 e places du classement, que les premières années de son coaching on a enchaîné des 12e places successives qui faisaient râler à l'époque, à cause d'un jeu prétendu défensif ?
Cette démonstration ne vise pas à établir que nous n'avons pas connu nos heures de gloire, mais à les replacer dans la durée, a mesurer qu'on se faisait ***** royalement à n'être qu'une équipe de milieu de tableau. Aujourd'hui tout le monde en rêve comme d'un objectif merveilleux.
Il y a dans la nostalgie ce mécanisme pervers qui consiste à dénaturer le présent au profit d'un mensonge certes héroïque, mais qui n'en demeure pas moins un mensonge... des années 70 jusqu'à 1984, on ne parlait que des glorieux anciens de 1938 et de la finale perdue en coupe de France contre Marseille, déjà dans des conditions homériques...
On instrumentalise tous notre histoire. Même les hommes politiques. Mais les faits ne délivrent pas d'autre vérité que ce qu'ils sont. Ils montrent la complexité des situations, les difficultés de cerner une tendance, un sens. Au football, il y a la vérité de ce que l'on voit, le match, et l'immense partie immergée de l'iceberg qui nous échappe.
Le FC METZ malade de son jeu ?
Cinquante ans de supportariat, que j'espère éclairé par une étude de l'histoire du football attentive ainsi que de nombreuse lectures sur le milieu et sur les systèmes de jeu, m'amènent une opinion.
Antonetti est sans doute le plus fin tacticien que j'ai vu sur le banc messin.
Il a réussi l'année dernière l'exploit du maintien en obtenant de l'équipe un sur-régime dont on a vu le déclin s'amorcer en fin d'exercice dernier. Ce déclin qui peut s'expliquer par un retour de performance plus conforme au niveau réel des joueurs reste néanmoins entaché d'un mystère. Antonetti dans une interview d’après match dont je peine à retrouver la date exacte, a parlé, et il ne l'a fait qu'une fois, ne revenant jamais plus sur le sujet, d'une « cassure dans le groupe ».
Pour tout ceux qui ont eu la chance de pratiquer un sport collectif, et c'est mon cas, parler de dynamique de groupe veut dire quelque chose. Je pense, et ce n'est que mon opinion, que nos difficultés actuelles sont essentiellement d'ordre psychologique. J'en veux pour preuve l'utilisation du 3/5/2.
Il n'a échappé à personne que Niane est dans un état mental tel qu'il ne parvient plus a retrouver cette forme athlétique et technique qui avant sa grave blessure avait enchanté le peuple grenat tout entier. A observer, en coupant le son des commentateurs et en étant attentif aux consignes données par le coach on constate à quel point Antonetti est obliger de tenter de déclencher un mouvement, un élan, une initiative à l'ensemble du bloc.
Le système du 3/5/2 est un système de cavalerie. C'est derrière son aspect hérisson un principe de ressort. Comprimé en défense, assurant 8 joueurs défensifs en perte de balle, il nécessite une projection rapide vers l'avant en récupération de balle, un dépassement de fonction pour créer le déséquilibre et l'utilisation des arrières d'aile en piston.
A en juger par les hurlements du corse en match, il y a un blocage entre le schéma, sans doute repeté, peaufiné, travaillé à l’entraînement et la production en match. Les points perdus en fin de match, les erreurs défensives, les coups du sorts ont fragilisé une équipe dans laquelle les jeunes ne sont pas en mesure, et pour certain plus en mesure de prendre leur responsabilités et oser l'audace qui nous a sourit en début de championnat dernier.
Tout reposait sur ce sur-régime qui engendrait la confiance. Dans la tourmente c'est le repli sur soi. L'individualisme pour les joueurs, qui s'en remettent à la gestion de leur carrière. La nostalgie pour des supporters aigris des résultats...
Le Présent seul est réel (Schopenhauer)
Jules Lagneau disait : « Espace, marque de ma puissance ; temps, marque de mon impuissance ». Il n'y a rien de plus vrai pour un supporter de foot, et encore plus quand on est supporter de Metz...
L'état qui précède le match est spéculatif, celui qui suit le match l'est encore plus à vouloir comprendre et expliquer, juger et punir puisqu'on est éternellement dans l'affect.
Moi je le confesse, cinquante ans de déceptions, de frustrations bien plus nombreuses que les rares moments de bonheur n'ont pas altéré le frémissement de l'entrée de l'équipe, tout ce que mes sens ressentent quand je suis au stade, tout ce que mon cœur palpite quand je suis devant mon écran...
C'est parce que à ce moment présent si particulier du match qui commence, le passé et ses émotions d'enfance, le présent et la tension formidable de l'incertitude sportive et le futur comme une ombre qui menace se réunissent pour une expérience dont je perçois aux battements de mon vieux cœur que tout est intact. L'attachement viscéral, le souvenir de mon père, le vieillissement qui est mis en suspend par l'intensité de vivre un match du FC Metz.
Alors le miracle peut bien se produire, j'ai quinze ans, une fougue intacte, des colères homériques, des cris à déséquilibrer la copropriété, des coups de poings rageurs, des haines et des amours irraisonnables, aussitôt balayées par des enthousiasmes aussi excessifs que stupides...
Mais je sais déjà qu'à la mort du hasard viendra toujours l'espérance.
Et que, quoiqu'il arrive, la date de Nice est cochée sur le calendrier...
Il y a sans doute chez moi un amour qui tient de l'ascèse. Plus c'est difficile d'aimer ce club, plus je lui dois cette fidélité, comme une identité intime, pour mes fantômes et pour mes rêves de demain...
Merci ambroisepare pour cette analyse.
Ça fait du bien et c'est vraiment agréable de lire des gens comme toi ou Amsalem.