[L’Équipe.fr] Droits TV : pourquoi la recherche d'un nouveau diffuseur traîne tant
La signature d'un contrat entre la LFP et un nouveau diffuseur, sans doute Canal +, va encore prendre du temps. OM-PSG, le 7 février, pourrait être le match de la bascule.
Il est assez aisé d'imaginer le voeu formulé, à l'occasion de cette nouvelle année, par les dirigeants de clubs français : trouver un nouveau diffuseur au plus vite afin de suppléer Mediapro, sur le départ depuis l'homologation d'un accord de sortie par le tribunal de commerce de Nanterre le 22 décembre. Le groupe sino-espagnol détenait les droits des lots 1, 2 et 4 de L1, plus 8 matches sur 10 de L2, jusqu'en 2024, pour un montant annuel de 830 millions d'euros. Mais comme il n'a pas réglé les échéances d'octobre (172,3 M€) et de décembre (152,5 M€), il a été contraint de se retirer. Et a accepté de verser 100 M€ à la Ligue (64 M€ en décembre et 36 M€ lors du premier semestre 2021) en échange de ne pas être poursuivi en justice.
Cette étape franchie, certains s'imaginaient que Vincent Labrune, le président de la Ligue, conclurait rapidement avec le successeur de Mediapro, qui continuera de diffuser la L1 et la L2 tant qu'aucun remplaçant ne sera trouvé. Un accord conclu avec la LFP va permettre à Canal+ de codiffuser avec Téléfoot, la chaîne de Mediapro, le Trophée des champions entre le PSG et l'OM, mercredi prochain. Mais il ne présage de rien pour la suite, même si la Ligue a fait un geste envers la chaîne cryptée en lui accordant cette rencontre de prestige, alors que M6 était également sur les rangs pour une retransmission en clair.
Canal + seulement attaché à l'affiche du dimanche soir
Plutôt que de conclure au plus vite, Labrune ne souhaite pas se précipiter afin de ne pas signer un « deal » défavorable qui engagera le football français pour plus de trois saisons. De toute façon, Canal+, annoncé comme le suppléant désigné, ne montre pas d'empressement à prendre le relais. La chaîne cryptée propose déjà deux matches de L1 lors de chaque journée, pour 330 M€ annuels. Et ça lui va bien. Pour son état-major, seule l'affiche du dimanche soir doit forcément revenir sur son antenne pour un prix qu'elle estime à environ 100 M€.
Canal+ aimerait que son partenaire beIN Sports récupère le reste et mette un peu la main à la poche (près de 100 M€). L'offre verbale de Canal+, dévoilée le 24 décembre par L'Équipe, la seule à ce jour formulée à la Ligue, était de 590 M€, plus 100 M€ de variable en fonction du nombre d'abonnés gagnés. Mais pour l'instant, le groupe présidé par Maxime Saada ne semble pas vouloir mettre une telle somme tout seul et fait donc appel à beIN Sports, qui se montre toujours réticent.
« Canal veut reconstituer sa position monopolistique »
Un analyste des marchés de droits télé
Un participant du dossier estime qu'il ne faut pas attendre d'avancées dans les négociations « avant la seconde partie du mois de janvier, sans exclure même qu'elles ne se prolongent en février ». Le choc OM-PSG en Championnat, prévu le dimanche 7 février, est évoqué comme possible bascule entre l'ancien et le nouveau diffuseur. Labrune a prévenu les clubs que les tractations seraient longues, une nouvelle qui a de quoi les contrarier alors que leurs finances sont déjà dans le rouge vif en raison de la baisse de leurs recettes liée à la crise sanitaire.
Selon certaines sources, Canal+ et son actionnaire Vincent Bolloré feraient traîner les choses afin d'obtenir de l'État des compensations dans d'autres domaines (baisse de la TVA et de sa contribution au financement du cinéma français). Le gouvernement, comme l'espèrent les clubs, va-t-il s'en mêler pour aider le football ? Pour l'heure, il ne bouge pas beaucoup...
« En négociant avec beIN et en faisant de même avec RMC Sport déjà pour codiffuser une partie de la Ligue des champions la saison prochaine, Canal vise un seul objectif : créer des alliances de fait avec des potentiels concurrents, pense un analyste des marchés de droits télé. Et ce afin de reconstituer sa position monopolistique sur les droits du foot en France comme dans les années 1980. Ce qui les ferait baisser automatiquement. » Si tel était le cas, ce serait une mauvaise nouvelle de plus pour les clubs pro.
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