Adieu la Meinau !
http://www.lalsace.fr/sport/2011/06/08/adieu-la-meinau
La direction londonienne a informé hier le comité d’entreprise que les secteurs administratif et sportif quitteraient la Meinau si la Ville, propriétaire des lieux, ne consentait pas à la mettre gracieusement à disposition. Une charge à peine déguisée contre la municipalité.
Désormais lancés dans une logique de victimisation et d’application, en représailles, de la loi du talion, les dirigeants londoniens du Racing ont décidé de rendre tous les coups que l’environnement alsacien est censé, de leur point de vue, leur avoir portés depuis des mois. Aussi n’ont-ils visiblement pas l’intention de baisser la garde alors même que la menace d’une rétrogradation administrative se profile à l’horizon de ce jeudi, lorsque le président Jafar Hilali et les autres seront auditionnés par la DNCG (1).
Hier lors d’un comité d’entreprise marathon, le directeur général Christophe Cornelie a annoncé aux salariés que les secteurs administratif et sportif quitteraient la Meinau la saison prochaine. Une obligation plus qu’une volonté selon lui, guidée par des considérations économiques et une certaine intransigeance de la Ville de Strasbourg, propriétaire du stade. Même s’il a été divisé par plus de trois après la relégation en National, le loyer annuel de l’enceinte s’élève toujours à 135 000 euros, contre 450 000 euros précédemment. Le DG estime qu’à l’instar de ce qui se fait ailleurs, le RCS, club de 3 e niveau, devrait en être exempté. Une façon de mettre la pression sur la collectivité et la rendre responsable d’un déménagement qu’il juge inéluctable en cas de statu quo. Bref, d’inverser les rôles en exonérant une nouvelle fois les Londoniens de leurs responsabilités dans l’actuelle situation cataclysmique.
Quelle destination le Racing pourrait-il alors emprunter ? Le futur « théâtre » de l’équipe, appelée à découvrir le monde amateur (Ndlr : le directeur général a de nouveau confirmé en CE le prochain abandon du statut pro), n’a pas été davantage évoqué que l’implantation possible des nouveaux bureaux mis à disposition des salariés. À supposer qu’il en reste d’ailleurs, puisque Cornelie mise sur des départs volontaires pour réduire la masse salariale de façon drastique.
La Ville a été payée
Cette charge à peine déguisée contre la mairie intervient précisément alors que la vente du RCS est au point mort. Hier, Jafar Hilali l’a reconnu en publiant un nouveau communiqué sur le site officiel du club. Il admet « qu’aucune offre ferme (avec les garanties bancaires nécessaires) » ne lui est parvenue. Il précise surtout, en réponse au communiqué des actionnaires minoritaires qui, la veille, rappelaient qu’ils bénéficiaient d’un droit de préemption (2) en cas de cession que ce droit ne s’applique pas à sa société Carousel Finance SA. Celle-là même qu’il désire vendre.
En théorie, il a raison, puisque le droit de préemption ne concerne que la SASP (3) et ses holdings de tutelle : de bas en haut de la pyramide, Euroracing, Racing Investissements et FC Football Capital Limited (dont Hilali détient désormais 100 % des parts). Mais dans la pratique, qui, aujourd’hui, allongerait 10 millions - le prix qu’il a fixé - pour acquérir Carousel Finance ?
De fait, personne n’entrevoit la sortie du tunnel. Certes, la cession de la clause Kévin Gameiro pour 1 million (4) a permis aux dirigeants de régulariser certains dossiers. Les salaires de mai du personnel ont ainsi pu être honorés sans retard. A priori, tous les créanciers ont été réglés, même la Ville qui avait lancé des procédures de recouvrement pour les 240 000 euros que lui devait le RCS (« L’Alsace » du 1 er juin) et les a donc stoppées.
Mais le pécule versé par Lorient a du coup été sérieusement entamé. Et nombre d’observateurs s’interrogent : avec des charges mensuelles incompressibles de 700 000 euros, reste-t-il suffisamment de liquidités pour assurer le paiement des rémunérations de juin ? Cette question, la DNCG ne manquera sûrement pas de la poser demain, parmi une foule d’autres, à Jafar Hilali.
(1) Direction nationale du contrôle de gestion. (2) Ce droit de préemption permet aux minoritaires de racheter le club en priorité s’ils s’alignent - au moins - sur l’offre d’un repreneur extérieur. (3) Société anonyme sportive professionnelle. (4) Le RCS bénéficiait de 30 % sur la plus-value réalisée à la revente de son ancien attaquant, cédé à Lorient en 2008 pour 2,8 millions. Il a vendu cette clause 1 million au club morbihannais qui lui a en outre payé un bonus - contractuel - de 250 000 euros pour la première sélection de « Kev » Gameiro en équipe de France.
Stéphane Godin