Re: [viàMoselle] Sports : la difficile équation
Publié : 24 mars 2021, 11:07
Reflexion/texte intéressant(e) chopé dans un bouquin (souvenir de 2008 et de la crise économique qui a secoué le
monde cette année-là.)
L’Espagne traverse alors la plus grave crise économique de son histoire récente. Le chômage explose à 27 % de la population (dont 50 % de jeunes), et le PIB espagnol tombe durablement en récession dès 2009 (-3,6 %) jusqu’en 2013 inclus (-1,7 %). Les clubs de football espagnols paient alors les années précédentes vécues à crédit. Dix-neuf des 42 clubs professionnels (dont la Real Sociedad, le Betis et le Rayo Vallecano) sont placés en redressement judiciaire et doivent à eux seuls plus de 700 millions d’euros d’impayés à l’administration fiscale. D’autres encore, comme
Villarreal, diminuent drastiquement leur budget de 60 à 15 millions d’eurostout en refusant volontairement toute aide publique afin de purifier leurs bilans et faire évoluer leur modèle vers l’autosuffisance économique. Pas une seule famille espagnole n’est épargnée par la violence de cette crise économique, pas un seul supporter ne peut se soustraire directement ou indirectement aux restrictions budgétaires du football espagnol.
Pourtant, au moment même où l’économie du football espagnol était sur le point de sombrer, les résultats de ses équipes premières et de ses centres de formation semblaient prendre toute la lumière. Et phénomène comparable au taux de remplissage des théâtres de Broadway pendant la grande dépression de 1929, la fréquentation des stades n’a pas diminué entre 2009 et 2013. Au contraire, elle s’est même accélérée (pour diminuer à nouveau au sortir de la crise). C’est que 2008, c’est aussi le début de l’âge d’or du football espagnol. L’énumération des titres suffit à en prendre la mesure.
Entre 2008 et 2018, une vingtaine de titres majeurs ont été obtenus par les Espagnols, dont une Coupe du monde, deux Euro, six Ligue des champions (dont une finale 100 % espagnole en 2014), cinq Ligue Europa, deux Euro U21, trois Euro U19 et un Euro U17. Et ce qui est impressionnant sur le plan quantitatif l’est aussi sur le plan de l’héritage qualitatif. Le football mondial a été bouleversé par la révolution du jeu espagnol, admiré, imité et commercialisé depuis dans le monde entier.
Le Barça de Guardiola et les sélections de Del Bosque ont offert au football-spectacle une nouvelle jeunesse. En réinventant le jeu, l’Espagne a
revivifié le football mondial. C’est donc au moment où les bourses se vident que les têtes se remplissent de désirs nouveaux. C’est parce que Villarreal ne pouvait plus recruter de nouveau Riquelme ou Diego Forlán qu’il s’est tourné vers son centre de formation. C’est parce que Laporta avait failli être renvoyé de son poste de président du Barça qu’il a nommé Guardiola, un homme de la maison aux idées bien arrêtées. Curieusement, c’est presque la même chose qui était arrivée au football du FC Nantes qui recruta un cafetier espagnol de Noyen-sur-Sarthe en 1960 nommé José Arribas pour reprendre une équipe professionnelle mal en point et inventer par la même occasion l’école nantaise. On pourrait parler aussi du jeu du Stade de Reims ou de celui du Racing (post-Occupation), des Hongrois de Sebes (en pleine guerre froide), du football total hollandais (post-choc pétrolier), des Verts de Herbin (en pleine crise industrielle). À chaque fois, la même idée reviendra : le football est un spectacle qui vise à l’émancipation des hommes qui le regardent et le pratiquent. Le football en crise est donc un football qui a encore plus besoin de spectacle sans pourtant en avoir les moyens. »
monde cette année-là.)
L’Espagne traverse alors la plus grave crise économique de son histoire récente. Le chômage explose à 27 % de la population (dont 50 % de jeunes), et le PIB espagnol tombe durablement en récession dès 2009 (-3,6 %) jusqu’en 2013 inclus (-1,7 %). Les clubs de football espagnols paient alors les années précédentes vécues à crédit. Dix-neuf des 42 clubs professionnels (dont la Real Sociedad, le Betis et le Rayo Vallecano) sont placés en redressement judiciaire et doivent à eux seuls plus de 700 millions d’euros d’impayés à l’administration fiscale. D’autres encore, comme
Villarreal, diminuent drastiquement leur budget de 60 à 15 millions d’eurostout en refusant volontairement toute aide publique afin de purifier leurs bilans et faire évoluer leur modèle vers l’autosuffisance économique. Pas une seule famille espagnole n’est épargnée par la violence de cette crise économique, pas un seul supporter ne peut se soustraire directement ou indirectement aux restrictions budgétaires du football espagnol.
Pourtant, au moment même où l’économie du football espagnol était sur le point de sombrer, les résultats de ses équipes premières et de ses centres de formation semblaient prendre toute la lumière. Et phénomène comparable au taux de remplissage des théâtres de Broadway pendant la grande dépression de 1929, la fréquentation des stades n’a pas diminué entre 2009 et 2013. Au contraire, elle s’est même accélérée (pour diminuer à nouveau au sortir de la crise). C’est que 2008, c’est aussi le début de l’âge d’or du football espagnol. L’énumération des titres suffit à en prendre la mesure.
Entre 2008 et 2018, une vingtaine de titres majeurs ont été obtenus par les Espagnols, dont une Coupe du monde, deux Euro, six Ligue des champions (dont une finale 100 % espagnole en 2014), cinq Ligue Europa, deux Euro U21, trois Euro U19 et un Euro U17. Et ce qui est impressionnant sur le plan quantitatif l’est aussi sur le plan de l’héritage qualitatif. Le football mondial a été bouleversé par la révolution du jeu espagnol, admiré, imité et commercialisé depuis dans le monde entier.
Le Barça de Guardiola et les sélections de Del Bosque ont offert au football-spectacle une nouvelle jeunesse. En réinventant le jeu, l’Espagne a
revivifié le football mondial. C’est donc au moment où les bourses se vident que les têtes se remplissent de désirs nouveaux. C’est parce que Villarreal ne pouvait plus recruter de nouveau Riquelme ou Diego Forlán qu’il s’est tourné vers son centre de formation. C’est parce que Laporta avait failli être renvoyé de son poste de président du Barça qu’il a nommé Guardiola, un homme de la maison aux idées bien arrêtées. Curieusement, c’est presque la même chose qui était arrivée au football du FC Nantes qui recruta un cafetier espagnol de Noyen-sur-Sarthe en 1960 nommé José Arribas pour reprendre une équipe professionnelle mal en point et inventer par la même occasion l’école nantaise. On pourrait parler aussi du jeu du Stade de Reims ou de celui du Racing (post-Occupation), des Hongrois de Sebes (en pleine guerre froide), du football total hollandais (post-choc pétrolier), des Verts de Herbin (en pleine crise industrielle). À chaque fois, la même idée reviendra : le football est un spectacle qui vise à l’émancipation des hommes qui le regardent et le pratiquent. Le football en crise est donc un football qui a encore plus besoin de spectacle sans pourtant en avoir les moyens. »